Pluralité de voix et inclusion

Le 13 juin 2020, le Musée Middelheim aurait dû inaugurer l’exposition d’été Congoville. Il s’agit d’une exposition de groupe composée par la commissaire invitée Sandrine Colard (BE/RDC). Cette exposition et d’autres projets à venir s’inscrivent dans une évolution du musée vers une plus grande pluralité de voix et davantage d’inclusion.

La commissaire Sandrine Colard utilise le terme de Congoville comme une dénomination collective des traces physiques et psychiques du passé colonial en Belgique. Si ces traces sont souvent cachées à la vue de tous, leurs répercussions continuent à se faire sentir dans la société, de manière consciente ou inconsciente : noms de rues, édifices, monuments et mythes, mais aussi dans le vécu que portent en elles des personnes d’origine africaine. Le site du Middelheim fait également partie de cette ville invisible. Dans l’exposition, quinze artistes internationaux, quinze « flâneurs post-coloniaux », emmènent le visiteur pour faire une promenade sur le terrain. Ils nous guident à travers une quête visant à réimaginer un espace public ouvert et partagé et nous apportent, à partir de leur pratique artistique, des perspectives nouvelles et différentes sur un récit historique souvent relaté de manière trop univoque, encore à ce jour. En partenariat avec Leuven University Press , le Musée du Middelheim présente un catalogue d’exposition dans lequel, entre outre des interviews d’artistes, une multiplicité d’auteurs, d’universitaires et d’experts se penchent sur le projet, en gros plan ou en vue panoramique. Au cours du mois de mars dernier, l’impact de la crise du coronavirus nous a contraint à reporter aussi bien l’exposition que le catalogue à l’été 2021.

Le Musée Middelheim programme cette exposition dans le cadre d’un développement plus large au sein de l’institution. Le musée aspire en effet à être un lieu d’ouverture, un musée ancré dans le présent qui œuvre de manière active à continuer d’être inclusif et qui prend clairement position contre la discrimination, l’exclusion et le racisme. Nous souhaitons être un lieu où tous les citoyens, les visiteurs, les artistes, les collègues se sentent les bienvenus et chez eux, où tout le monde fait partie de l’organisation et des activités que nous proposons. Le Musée Middelheim a conscience et reconnaît que pour réaliser ce souhait il faut davantage une multitude de voix et des voix plus diverses dans et à propos de nos collections, nos programmes d’expositions et nos activités publiques. Nous sommes décidés à nous y atteler.

Ainsi, nous préparons en ce moment, hormis l’exposition Congoville, des projets qui interrogent le passé chargé de notre propre collection : la présentation focus autour du groupe de quatre sculptures du Congo d’Oscar Jespers en l’automne 2021 en est un exemple. Cet été, nous réorganisons la bibliothèque d’art du musée où nous changeons la disposition ancienne organisée selon un classement sexiste et impérialiste. La politique de la collection a comme point de départ la formation d’une collection axée sur les valeurs et autant que possible dans un cadre multiperpectiviste.  La politique d’acquisition donnera la priorité à des œuvres d’artistes aux perspectives internationales. Dans l’accord administratif conclu avec le gouvernement flamand, nous avons déjà stipulé l’objectif de travailler avec des artistes, des commissaires d’expositions, des experts et des membres du public qui examineront ensemble l’unicité de la collection du Musée Middelheim, qui transmettront de nouvelles visions et conceptions et qui continueront à remettre en question le canon à partir de perspectives actuelles. Ils partiront d’une réalité transnationale et assureront une pluralité de formes, de renommées, de genres, d’antécédents et d’attitudes dans le programme du musée. Nous rendrons aussi des comptes à propos de cet accord.

L’équipe du musée a également examiné ces derniers temps ce que diversité et inclusion peuvent signifier pour le Musée Middelheim en tant qu’organisation. C’est pour cela que le musée suit désormais un trajet, guidé par Atlas qui offre des parcours d’intégration, s’adressant aux collaborateurs de tous les départements en vue de poser des jalons pour le fonctionnement interne et externe du musée.

Notre organisme Kunst in de Stad [Art dans la ville] s’est également engagé à enquêter sur le contexte social et sociétal qui a façonné le patrimoine artistique de la ville. Ainsi nous essayons de trouver ensemble une réponse étayée à la question quel moment (historique) et quel récit de la ville à mettre en exergue. Sous le titre Public Figure et dans le cadre de ce processus de recherche, nous invitions depuis cette année un artiste contemporain à réaliser une nouvelle sculpture pour un socle vide dans le Parc de la Ville. Ces sculptures constituent une réponse artistique aux questions : quel personnage mettons-nous aujourd’hui sur un piédestal ? Qui représentons-nous dans l’espace public ? Le 3 juillet 2020, nous inaugurons la première édition de nouveau projet annuel d’exposition dans l’espace public. L’artiste Tramaine de Senna (US) ouvre le bal avec une sculpture en bronze, Figure of Color. De Senna réunit dans cette œuvre les multiples strates de l’identité et les nombreuses apparences sous lesquelles nous nous montrons ou derrière lesquelles nous nous cachons. Le personnage présente un aspect hautement féminin – longue chevelure luxuriante et jupes en éventail – mais reste anonyme avec son visage qui se détourne.

Nous avons pleinement conscience qu’il s’agit là d’un long trajet qui requiert en permanence de regarder, d’écouter, d’interroger, d’apprendre et d’évoluer d’une façon active. Nous désirons mener ce processus avec des experts externes, des collègues et notre public, afin d’étudier de manière active et critique les structures et pratiques normatives qui nous ont formés. Ainsi, nous pourrons créer une conscience partagée des « vérités » et des valeurs sclérosées et évidentes, à partir de la conviction que l’art moderne et contemporain définit, en tant que « nouveau patrimoine », l’héritage culturel que nous léguerons aux générations suivantes.

Nous avons puisé de l’inspiration, entre autres, dans cette sélection que nous vous invitons à lire et à écouter :

www.blackhistorymonth.be (@bhmbelgium) www.kifkif.be (@kifkifbe); www.theblackarchives.nl (@the_blackarchives); www.minderhedenforum.be (@minderhedenforum); www.afroyouthorg.be (@ayo_belgium); www.atlas-antwerpen.be (@atlas_antwerpen); Black Speaks Back (@blackspeaksback)

Une sélection du programme du Musée du Middelheim 2020-2021:

  • Public Figure #1: Tramaine De Senna (US)
  • (3/07/2020 – 18/04/2021, Parc de la ville d’Anvers)
  • Zooming in/Zooming out: On Colonial Monuments
    (symposium reporté à cause des mésures du Corona Virus)
  • Congoville
    (exposition de group, nouveau date à cause des mésures du Corona Virus: été 2021, Musée Middelheim)
    avec Jean Katambayi (DRC), Bodys Isek Kingelez (DRC), Maurice Mbikayi (DRC), Sammy Baloji (DRC/BE), KINACT COLLECTIVE (DRC/FR/NL), Hank Willis Thomas (US), Simone Leigh (US), Ângela Ferreira (MOZ/PT), Sven Augustijnen (BE), Kapwani Kiwanga (CAN), Pascale Marthine Tayou (CAM/BE), Ibrahim Mahama (GH), Pélagie Gbaguidi (BEN/ BE), Zahia Rahmani (ALG/FR) and Elisabetta Benassi (IT)  
  • Présentation Spéciale de la collection avec Oscar Jespers ‘Congo group’ (automne 2021, Musée Middelheim)

Photo: détail statue Baron Dhanis (sculpteur: Frans Joris) au Musée Middelheim, 2020, collection Kunst in de Stad, Anvers, copyright et photo: Léonard Pongo